Hier, j'avais commencé à écrire un billet, genre dramatique pleurnichard.
Je parlais de démotivation, de moral en baisse, de presque crise de larmes, tout ça tout ça.
Je ne l'ai pas publié car je n'avais pas fini de l'écrire, et finalement ça tombe bien, car aujourd'hui, ça va mieux, genre beaucoup mieux.
Faut dire qu'hier, le stress, l'angoisse, la low self-estime, blablabla, tout ça avait engendré comme d'habitude une jolie crise d'aérophagie, et comme à chaque fois, voir mon ventre prendre environ 9cm d'un coup, ça aide pas trop trop à se sentir à l'aise.
Ce matin, la crise était passée, le ventre avait dégonflé, j'avais bien dormi et surtout, j'avais (encore) beaucoup parlé avec monsieur.
Elles sont difficiles, les conversations sérieuses, parce qu'il ne m'épargne pas. Il y va, direct, sans chercher à comprendre, et j'encaisse, tout en sachant que ce qu'il dit est vrai. Et heureusement qu'il est comme ça. Parce que même si putain, ça fait mal et ça fout les boules et on a la haine sur le moment, ça fait du bien d'entendre la vérité. Pas d'apitoiement de larmoiement de pitié mielleuse, non non. Juste, les faits, les constats, les solutions. Point barre.
J'angoisse comme toujours sur mon poids. Depuis fin juin j'ai pris 4 kilos. Les vêtements achetés cet été ne me vont plus et je recommence à détester balance et miroir.
Réponse : tu prends la pilule, tu as re-re-re-arrêté de fumer, tu t'es mise au sport (je tiens mon rythme de 50-60min tous les 2/3jours) et tes muscles inexistants se réveillent et pèsent lourd, tu t'es remis à petit-déjeuner normalement, dernièrement tu as fait une raclette entre collègues, je t'ai fait des madeleines-muffins-tiramisu-quiches, forcément ça va pas, mais ça va aller, on va arrêter de manger du gras, on va se remettre à manger normalement, tu vas continuer ton sport, et ça va venir. Donc arrête, continue, point barre.
Je me plains que demain ( = aujourd'hui) j'aurai une mauvaise note au concours blanc.
Réponse : c'est normal, tu fous rien depuis la rentrée.
Cette phrase déclenche une longue discussion sur le concours, mon travail, ma perte totale d'envie depuis les vacances et on remonte, on remonte loin. Mon travail me bouffe, les élèves partent en couille, les collègues aussi, et ça me mine, et ça me fait de demander si je veux vraiment faire ce boulot et donc, si c'est bien nécessaire de passer l'agreg'.
Réponse : tu dois te détacher, prends du recul, je rétorque que ce n'est pas facile, il insiste, et je sais qu'il a raison. Mais quand même. J'étais contente de mon travail pendant les vacances, je faisais des trad', j'insistais, je faisais des plannings, et depuis la rentrée, plus rien. Alors il me dit que ça l'inquiète, qu'il ne sait plus quoi faire, et je m'en veux mais je ne sais pas quoi faire, comment faire.
Réponse : Bouge-toi le cul (texto) (oui y'a mieux hein, comme encouragements ? ^^), bouge-toi le cul putain, tu peux le faire, tu aimes apprendre, tu aimes étudier, rappelle-toi au début de l'année l'enthousiasme ressenti devant les profs super cools, rappelle-toi, bouge-toi, ne te laisse pas embourber dans le merdier, moi je te laisserai pas t'enfoncer dans l'apitoiement. Tu ne faisais jamais de sport et tu as réussi à t'y mettre, tu tiens ton planning de séance de 50-60 minutes, tu as de la volonté, tu peux faire quand tu le décides vraiment, bouge-toi. Et si tu n'arrives pas à te détacher de ton travail, va voir un psy.
Phrases un peu rudes, mais qui m'aident à y voir clair et beaucoup, beaucoup plus utiles que des "t'en fais pas, ça va passer, repose-toi, ménage-toi, c'est pas grave".
Ce matin, j'avais donc mon concours blanc de trad'. 5h pour un thème, une version et deux segments de choix de traductologie. J'ai moyennement fini mais j'ai tout traité. A la relecture, j'avais l'impression que mes trad' avaient été écrites par un de mes élèves de troisième et, de rage et de dépit, je suis sortie de la salle les larmes aux yeux, sans attendre d'en parler avec d'autres, surtout pas. J'ai marché, de l'université au métro, pendant 40 minutes, d'un pas rapide, pour me calmer, pour réfléchir, et elle est revenue, cette envie de combattre ce sentiment de médiocrité qui s'empare de moi. C'est bon signe, d'être en colère quand on foire, ça prouve que malgré ma démotivation, il reste un soupçon de fierté, d'envie de faire mieux, d'envie de faire, tout simplement.
Je reçois un mail qui me confirme qu'un congé de formation n'empêche pas d'accumuler l'ancienneté en ZEP. Alors je prends ma décision, je ferai ma demande.
85% du salaire brut, moins les cotisations et prélèvements obligatoires, j'ai calculé, putain, ça fera pas beaucoup, mais ça vaut le coup. J'espère seulement qu'il sera accepté.
Il reste un petit mois et demie avant les écrits.
Je ne rattraperai jamais le retard accumulé pendant ces 4 semaines de déprime inutile.
Mais, moi qui ne fais jamais de promesses, je me promets, ce soir, de faire de mon mieux pour ne rien regretter le jour J.
Et je me rends compte de l'importance de parler à quelqu'un d'honnête, de l'importance d'accepter la vérité, aussi dure soit-elle. Parce que se voiler la face ne sert qu'à nous empêcher d'avancer, nous embourber, et plus on se ment, plus il est difficile de refaire surface.
Edit: rien à voir mais je trouve > ce site < fun. Pour m'aider à me souvenir de mes objectifs :)
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mercredi 4 décembre 2013
mercredi 6 novembre 2013
31. Questions
Rentrée.
Rentrée, le lundi 4, après un très bon week-end en Hollande.
Rentrée, un lundi pluvieux et gris, froid et maussade, comme l'humeur, triste et chagrine.
Rentrée dans le bruit, les cris, les insultes, les collègues qui parlent fort, si fort, et racontent des choses dont je me moque éperdument mais hé, sociabilisons, intéressons-nous à leur vacances, rions en apparence lorsqu'elle dit sa hâte d'aller au ski, lorsqu'il raconte ses gâteaux fourrés de substance illicite, crions en classe, mettons-nous de la craie partout, et rentrons le soir, oui, rentrons, pour se poser une question, une unique question, c'est ça ?
C'est ça, mon métier, mes futures quarante années à venir, c'est pour ça que je me morfonds, m'arrache les cheveux, me prive de ce qui me plaît vraiment depuis tant de temps, c'est pour ça ?
Tout d'un coup, la fatigue, la pression, l'horreur qui tombent sur les épaules.
Plus envie.
Plus envie de passer ce concours, pour être... encore prof.
Une gêne, une envie, un regret, une plainte, une sensation dérangeante s'était éveillée lorsque j'avais à peine effleuré mes pinceaux, pour faire le space invader. Depuis, elle est là, encore, toujours. Un regret latent, permanent, des phrases qui hantent, qui reviennent, je suis heureuse, oui, peut-être pas épanouie, non, il me manque, ce temps à moi, pour moi, que je dénigre depuis longtemps.
Toujours, partout, tout le monde, ça vaut le coup, accroche-toi, même si tu ne l'as pas cette année tu apprends encore, ça te servira, alors j'écoute, je me remets à travailler, à faire semblant, à lire, à traduire, et plus j'avance, plus les doutes grandissent, tu en es capable, et cette petite fille qui hurle à l'intérieur, non je n'en suis pas capable parce que je n'en veux plus, je ne veux plus, laissez-moi, je veux être égoïste, je veux du temps pour moi, merde merde merde.
Le dos bloqué, les migraines, les seins qui font mal, les maux d'estomac, la fatigue, les nerfs à vif, je ne suis pourtant pas en période rouge. Alors, je me dis que tout ça, tout ce bordel, c'est à cause de la pilule, oui, j'ai repris une pilule depuis 3 semaines, un peu moins, uniquement progestative, c'est marqué, effets indésirables, troubles de l'humeur, poitrine douloureuse, humeur dépressive, prise de poids.
C'est dans la tête.
C'est écrit.
C'est hormonal.
C'est passager.
Je ne sais pas trop où j'en suis, mais les questions restent là, ancrées au fond du bide,
suis-je prête à passer encore quarante ans dans un collège ?
Je me dis, bientôt, tu pourras faire autre chose, vraiment, en rentrant.
Est-ce que ça suffira ?
Travailler et faire quelque chose qui plaît est un luxe, j'ai choisi de ne pas prendre de risque, je le sais.
Je gagne bien ma vie, je ne devrais pas me plaindre.
Hier, une remarque anodine, gentille, faite pour m'encourager, m'a fait pleurer. Ca faisait longtemps.
Il voulait juste que je sois sûre de moi, que je ne regrette pas, ensuite, de n'avoir pas travaillé, alors il demande, et moi, je réponds, d'une voix faiblichonne, ça va, oui, tu as raison, je m'y remets.
Il me demande ce qu'il y a, me dit que ça fait trois jours que j'ai l'air triste, sans enthousiasme, d'un coup, il me dit qu'il a peur, après tout, j'ai quitté M parce que je n'étais pas heureuse, et si je faisais la même chose, je proteste, je viens à lui, ce n'est pas ça, pas ça du tout, et alors que j'essaie de lui dire, de le rassurer, tout s'embrouille, j'ai chaud, j'ai froid, je pleure, je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas, je n'en peux plus, je veux arrêter, mais ce n'est pas lui, non, ça vient de moi.
Il trouve, encore, les mots pour arrêter la cascade ridicule, je respire, me lève, me douche, retraduis un texte. Me couche. Je m'endors d'une traite, épuisée.
Réussite ou échec, j'ai hâte que cette année se termine. Déjà, oui.
Beaucoup de collègues demandent leur mutation.
Ca fera du bien.
Être enseignant, lorsque l'on traverse une période où la seule chose que l'on veut, c'est éviter le contact humain, est assez difficile...
Je retourne essayer de travailler.
Il le faut.
En revanche, je ne sais pas si je dois continuer à prendre cette satanée pilule...
Rentrée, le lundi 4, après un très bon week-end en Hollande.
Rentrée, un lundi pluvieux et gris, froid et maussade, comme l'humeur, triste et chagrine.
Rentrée dans le bruit, les cris, les insultes, les collègues qui parlent fort, si fort, et racontent des choses dont je me moque éperdument mais hé, sociabilisons, intéressons-nous à leur vacances, rions en apparence lorsqu'elle dit sa hâte d'aller au ski, lorsqu'il raconte ses gâteaux fourrés de substance illicite, crions en classe, mettons-nous de la craie partout, et rentrons le soir, oui, rentrons, pour se poser une question, une unique question, c'est ça ?
C'est ça, mon métier, mes futures quarante années à venir, c'est pour ça que je me morfonds, m'arrache les cheveux, me prive de ce qui me plaît vraiment depuis tant de temps, c'est pour ça ?
Tout d'un coup, la fatigue, la pression, l'horreur qui tombent sur les épaules.
Plus envie.
Plus envie de passer ce concours, pour être... encore prof.
Une gêne, une envie, un regret, une plainte, une sensation dérangeante s'était éveillée lorsque j'avais à peine effleuré mes pinceaux, pour faire le space invader. Depuis, elle est là, encore, toujours. Un regret latent, permanent, des phrases qui hantent, qui reviennent, je suis heureuse, oui, peut-être pas épanouie, non, il me manque, ce temps à moi, pour moi, que je dénigre depuis longtemps.
Toujours, partout, tout le monde, ça vaut le coup, accroche-toi, même si tu ne l'as pas cette année tu apprends encore, ça te servira, alors j'écoute, je me remets à travailler, à faire semblant, à lire, à traduire, et plus j'avance, plus les doutes grandissent, tu en es capable, et cette petite fille qui hurle à l'intérieur, non je n'en suis pas capable parce que je n'en veux plus, je ne veux plus, laissez-moi, je veux être égoïste, je veux du temps pour moi, merde merde merde.
Le dos bloqué, les migraines, les seins qui font mal, les maux d'estomac, la fatigue, les nerfs à vif, je ne suis pourtant pas en période rouge. Alors, je me dis que tout ça, tout ce bordel, c'est à cause de la pilule, oui, j'ai repris une pilule depuis 3 semaines, un peu moins, uniquement progestative, c'est marqué, effets indésirables, troubles de l'humeur, poitrine douloureuse, humeur dépressive, prise de poids.
C'est dans la tête.
C'est écrit.
C'est hormonal.
C'est passager.
Je ne sais pas trop où j'en suis, mais les questions restent là, ancrées au fond du bide,
suis-je prête à passer encore quarante ans dans un collège ?
Je me dis, bientôt, tu pourras faire autre chose, vraiment, en rentrant.
Est-ce que ça suffira ?
Travailler et faire quelque chose qui plaît est un luxe, j'ai choisi de ne pas prendre de risque, je le sais.
Je gagne bien ma vie, je ne devrais pas me plaindre.
Hier, une remarque anodine, gentille, faite pour m'encourager, m'a fait pleurer. Ca faisait longtemps.
Il voulait juste que je sois sûre de moi, que je ne regrette pas, ensuite, de n'avoir pas travaillé, alors il demande, et moi, je réponds, d'une voix faiblichonne, ça va, oui, tu as raison, je m'y remets.
Il me demande ce qu'il y a, me dit que ça fait trois jours que j'ai l'air triste, sans enthousiasme, d'un coup, il me dit qu'il a peur, après tout, j'ai quitté M parce que je n'étais pas heureuse, et si je faisais la même chose, je proteste, je viens à lui, ce n'est pas ça, pas ça du tout, et alors que j'essaie de lui dire, de le rassurer, tout s'embrouille, j'ai chaud, j'ai froid, je pleure, je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas, je n'en peux plus, je veux arrêter, mais ce n'est pas lui, non, ça vient de moi.
Il trouve, encore, les mots pour arrêter la cascade ridicule, je respire, me lève, me douche, retraduis un texte. Me couche. Je m'endors d'une traite, épuisée.
Réussite ou échec, j'ai hâte que cette année se termine. Déjà, oui.
Beaucoup de collègues demandent leur mutation.
Ca fera du bien.
Être enseignant, lorsque l'on traverse une période où la seule chose que l'on veut, c'est éviter le contact humain, est assez difficile...
Je retourne essayer de travailler.
Il le faut.
En revanche, je ne sais pas si je dois continuer à prendre cette satanée pilule...
mardi 9 juillet 2013
9. Constats
Pharmacie.
Une femme enceinte entre. Deux personnes sont en train d'être servies. L'une d'elle finit, la pharmacienne se tourne vers moi, je décline et laisse ma place à la femme enceinte. Au début, elle ne comprend pas, insiste vous-étiez-avant-moi puis je souris un peu gênée, regarde son ventre, elle comprend, sursaute, me dit ensuite merci avec un grand sourire. Merci beaucoup, merci. Merci. Elle le répète environ 7 fois en quelques minutes. Je souris, mais suis dépitée. Allons donc, c'est si exceptionnel que ça ? Laisse ta place aux personnes âgées et aux femmes enceintes, et de manière générale, aux gens qui en ont besoin. Les consignes de ma mère résonnent dans mes oreilles, et si parfois je l'avoue, je ne me levais pas dans le bus car exténuée de ma journée de travail avec mon énorme sac sur le dos, j'ai toujours, toujours suivi l'éducation que j'avais reçue. Voir qu'un geste aussi banal que ça paraît exceptionnel m'attriste.
Boutiques.
Je fais rarement les boutiques, j'ai désormais horreur de ça. Mais là il fallait bien, je voulais quelque chose qui ne s'achète pas en ligne, je le voulais vraiment. J'arrive, entre, commence à faire mon choix. En attendant, la vendeuse part s'occuper d'une autre cliente. Partout, les avertissements Les chèques ne sont pas acceptés. Après avoir tenu la jambe de la vendeuse pendant dix minutes, la femme veut payer par chèque. Refus. Elle râle et s'en va. Pendant que la vendeuse revient vers moi, un homme entre, ni bonjour ni merde, s'accoude sur le comptoir comme un poivrot. Bonjour monsieur, puis-je vous aider ? Un grognement incompréhensible lui répond, elle hoche la tête et finit de m'encaisser. Je paye, lui souhaite bon courage, elle sourit, je pars. Je me souviens des clients de mon père à l'époque, évidemment qu'il y en avait des imbuvables. Mais à ce point ?
Je cède, finis par entrer dans une boutique de vêtements. Il est 11h, il n'y a pas grand monde. J'erre dans les rayons, tombe sur une jolie robe, un jean sympa. Je fouille à la recherche de ma taille. La trouve. Fronce les sourcils. Il y a un souci. Je vérifie, non, c'est bien ma taille. J'essaie. C'est bien trop grand. Je me souviens avoir râlé parce que mes pantalons tombaient, je pensais que le lavage avait eu raison d'eux. Ce n'est pas ça, apparemment. Je me sens bien.
Lit.
Je ne me rappelle plus exactement du début de la conversation. Comment en est-on arrivés là ? La crise de toux et la pointe au coeur étaient des signes, je n'y ai pas fait attention, bien mal m'en a pris. Je suis presque en colère, même si je comprends son point de vue, il n'a pas à dire ce genre de choses sur eux, sur des personnes qui me sont chères, il me demande si je comprends vraiment ce qu'il ressent, je réponds, j'ai juste, je comprends, mais ma colère est toujours là, c'est lui qui ne comprend pas, il n'était pas là il y a dix ans, il ne pouvait pas comprendre, et je lâche cette phrase lourde, dramatique, pour défendre ces personnes et tenter de lui expliquer, de lui faire comprendre qu'il se trompe, et je prononce ces mots insoutenables, ces huit mots atroces qui me renvoient alors à cette période noire, maudite, que je tentais d'oublier, d'entasser, d'enterrer, je me retrouve à 16 ans, devant cette personne, et j'ai mal, j'ai tellement mal, et j'ai peur. Je me retrouve tremblante, en pleurs, et parce qu'il est trop tard, qu'il s'est redressé, angoissé, à peine ces mots prononcés, qu'il est à côté de moi, parce que je lui fais confiance plus qu'à n'importe qui d'autre, je parle, je parle de toutes ces choses qui datent de 10 ans, ces choses que je n'ai même jamais confiées par écrit, à personne. Il écoute, il souffre, il est en colère, il se calme, il me dit que désormais, je dois me servir de ça pour être plus forte, et je pleure, et j'acquiesce, et je serre sa main, fort, très fort, mais j'ai toujours peur. Je parle, il parle, il découvre un peu plus chaque jour mes angoisses, mes faiblesses, mes noirceurs, et pourtant il est toujours là, il me répète ce qu'il m'avait affirmé deux semaines auparavant, et plus le temps passe, plus je sais que c'est lui, ça a toujours été lui, et merde aux clichés romantiques écoeurants.
La nuit passe vite, rêves et cauchemars, souvenirs et hallucinations, j'ai chaud et froid et dors mal. Mais à mon réveil il est encore là, alors je me calme, ferme les yeux, décide d'être plus forte. J'ai encore beaucoup d'efforts à fournir. Mais je sais que je peux y arriver.
Une femme enceinte entre. Deux personnes sont en train d'être servies. L'une d'elle finit, la pharmacienne se tourne vers moi, je décline et laisse ma place à la femme enceinte. Au début, elle ne comprend pas, insiste vous-étiez-avant-moi puis je souris un peu gênée, regarde son ventre, elle comprend, sursaute, me dit ensuite merci avec un grand sourire. Merci beaucoup, merci. Merci. Elle le répète environ 7 fois en quelques minutes. Je souris, mais suis dépitée. Allons donc, c'est si exceptionnel que ça ? Laisse ta place aux personnes âgées et aux femmes enceintes, et de manière générale, aux gens qui en ont besoin. Les consignes de ma mère résonnent dans mes oreilles, et si parfois je l'avoue, je ne me levais pas dans le bus car exténuée de ma journée de travail avec mon énorme sac sur le dos, j'ai toujours, toujours suivi l'éducation que j'avais reçue. Voir qu'un geste aussi banal que ça paraît exceptionnel m'attriste.
Boutiques.
Je fais rarement les boutiques, j'ai désormais horreur de ça. Mais là il fallait bien, je voulais quelque chose qui ne s'achète pas en ligne, je le voulais vraiment. J'arrive, entre, commence à faire mon choix. En attendant, la vendeuse part s'occuper d'une autre cliente. Partout, les avertissements Les chèques ne sont pas acceptés. Après avoir tenu la jambe de la vendeuse pendant dix minutes, la femme veut payer par chèque. Refus. Elle râle et s'en va. Pendant que la vendeuse revient vers moi, un homme entre, ni bonjour ni merde, s'accoude sur le comptoir comme un poivrot. Bonjour monsieur, puis-je vous aider ? Un grognement incompréhensible lui répond, elle hoche la tête et finit de m'encaisser. Je paye, lui souhaite bon courage, elle sourit, je pars. Je me souviens des clients de mon père à l'époque, évidemment qu'il y en avait des imbuvables. Mais à ce point ?
Je cède, finis par entrer dans une boutique de vêtements. Il est 11h, il n'y a pas grand monde. J'erre dans les rayons, tombe sur une jolie robe, un jean sympa. Je fouille à la recherche de ma taille. La trouve. Fronce les sourcils. Il y a un souci. Je vérifie, non, c'est bien ma taille. J'essaie. C'est bien trop grand. Je me souviens avoir râlé parce que mes pantalons tombaient, je pensais que le lavage avait eu raison d'eux. Ce n'est pas ça, apparemment. Je me sens bien.
Lit.
Je ne me rappelle plus exactement du début de la conversation. Comment en est-on arrivés là ? La crise de toux et la pointe au coeur étaient des signes, je n'y ai pas fait attention, bien mal m'en a pris. Je suis presque en colère, même si je comprends son point de vue, il n'a pas à dire ce genre de choses sur eux, sur des personnes qui me sont chères, il me demande si je comprends vraiment ce qu'il ressent, je réponds, j'ai juste, je comprends, mais ma colère est toujours là, c'est lui qui ne comprend pas, il n'était pas là il y a dix ans, il ne pouvait pas comprendre, et je lâche cette phrase lourde, dramatique, pour défendre ces personnes et tenter de lui expliquer, de lui faire comprendre qu'il se trompe, et je prononce ces mots insoutenables, ces huit mots atroces qui me renvoient alors à cette période noire, maudite, que je tentais d'oublier, d'entasser, d'enterrer, je me retrouve à 16 ans, devant cette personne, et j'ai mal, j'ai tellement mal, et j'ai peur. Je me retrouve tremblante, en pleurs, et parce qu'il est trop tard, qu'il s'est redressé, angoissé, à peine ces mots prononcés, qu'il est à côté de moi, parce que je lui fais confiance plus qu'à n'importe qui d'autre, je parle, je parle de toutes ces choses qui datent de 10 ans, ces choses que je n'ai même jamais confiées par écrit, à personne. Il écoute, il souffre, il est en colère, il se calme, il me dit que désormais, je dois me servir de ça pour être plus forte, et je pleure, et j'acquiesce, et je serre sa main, fort, très fort, mais j'ai toujours peur. Je parle, il parle, il découvre un peu plus chaque jour mes angoisses, mes faiblesses, mes noirceurs, et pourtant il est toujours là, il me répète ce qu'il m'avait affirmé deux semaines auparavant, et plus le temps passe, plus je sais que c'est lui, ça a toujours été lui, et merde aux clichés romantiques écoeurants.
La nuit passe vite, rêves et cauchemars, souvenirs et hallucinations, j'ai chaud et froid et dors mal. Mais à mon réveil il est encore là, alors je me calme, ferme les yeux, décide d'être plus forte. J'ai encore beaucoup d'efforts à fournir. Mais je sais que je peux y arriver.
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